Réalisez votre premier site internet Les questions à se poser

, par Christophe Bresso

Nous savons tous que cela ne sert à rien de courir et pourtant. Sur l’internet, on se laisse facilement happer par la fuite en avant. Il ne se passe pas trois mois sans qu’une nouvelle technologie "absolument indispensable" ne viennent bouleverser la façon de travailler. En avons-nous besoin ? rassurez-vous, on peut être sur l’Internet sans pour autant être un geek enfermé dans ses peurs d’être dépassé par un lapin agile. On peut tout à fait être une tortue et être agile.

La première question à vous poser, avant de vous lancer dans la rédaction d’un cahier des charges, c’est la question du sens, pourquoi souhaitez-vous être présent sur l’Internet ? Pour rencontrer ses voisins, c’est quand même plus simple de les inviter à un apéro ou à un goûter, non ? Dans mon cas, c’est pour réfléchir avec d’autres autour des questions d’autonomie et d’indépendance.

Une fois que la question du pourquoi est à peu près claire pour vous, vous pouvez passer au projet et ses différentes étapes. Un projet n’est pas une chose inscrite dans le marbre, si ce n’est le sens de ce projet quand même ! Ça veut dire que vous allez certainement revenir plusieurs fois sur chaque étape. On entend parfois dire que c’est un travail laborieux (c’est surtout mister pléonasme qui vous dira ça). La création n’est pas synonyme de souffrance, elle peut l’être comme elle peut être source de joie. Choisit ton camp camarade. Je m’appuie souvent sur cette phrase de J.P. Sartre "L’important n’est pas ce qu’on fait de nous mais ce que nous faisons nous-même de ce qu’on a fait de nous." [1] que je rapproche de cette autre citation "Ainsi je suis responsable pour moi-même et pour tous, et je crée une certaine image de l’homme que je choisis ; en me choisissant, je choisis l’homme." [2]. Ça nous laisse libre de choisir, au moins de se libérer de nos croyances. Mais bon, revenons à nos moutons.

La démarche qui suit, s’inspire (plagie même hein ?) de ce document de l’éducation nationale (voir ici). Elle est adaptable à peu près à tout type de projet.

Émergence de l’idée

Que faut-il résoudre ?, A quels besoins faut-il répondre ? autrement dit, c’est quoi le problème ? C’est bête à dire mais quand il n’y a pas de problème, il n’y a pas de projet. Si vous souhaitez approfondir la question, regarder du côté du désir.

C’est important de prendre son temps à cette étape. Plus vous cernerez la question, plus vous irez vite par la suite. Le meilleur outil c’est la discussion, l’échange, les rencontres où oui et non ne sont pas considérés comme des réponses. Pas de tabou, pas de censure. Prendre des notes peut être utile. Google peut être votre ami dans ce moment, encore faut-il trouver la question !

Analyse de la situation

L’étape précédente vous a mis le cerveau en ébullition, celle-ci va vous faire rêver mais pas que. Les questions, Quel(s) objectif(s) atteindre ?, Quelles ressources employer ?, Quelles contraintes prendre en compte ?, Quelles stratégies, quelles pistes envisager ?, sont les questions de l’étape. Ne mettez pas de limites à vos rêves, vous avez toute la communauté du libre et de l’open source qui est là pour vous soutenir. Faudra juste vous mettre à l’anglais pour certains sujets très pointu (genre par exemple déployer une infrastructure de cloud computing), ça peut faire partie des contraintes, quoique.

En ce qui concerne les ressources que vous pouvez employer, je vous conseille plus que vivement de regarder du côté de l’open source. Choisissez des solutions qui respectent au mieux les standards du web, où les communautés sont actives, qui sont bien documentées (c’est souvent le cas). Juste une remarque en passant, logiciel open source n’est pas synonyme de gratuité, la réciproque est encore moins vraie d’ailleurs. Certaines fonctionnalités avancées peuvent être payantes, le réglage fin des configurations pourra demander l’intervention d’expert mais quand vous en arriverez à ce stade, vous aurez les moyens. Pour l’instant rien qu’avec les ressources que je vous propose sur le site, vous êtes en train de réaliser dans les 10 000€ d’économies si vous deviez passer par une agence.

Je vous livre une liste de ressources, critiquable, partielle, partiale :

  • La base : Linux (Ubuntu pour être plus précis), Nginx, php, MySql (voir ici et ici
  • Pour vos mails : Postfix, Dovecot, SpamAssassin, Clamav, OpenDkim
  • Pour des pages web statiques : Gedit ou nano pour le texte, GIMP pour les images, bootstrap pour la mise en forme, JQuery ou Mootools pour que ça bouge un peu quand même
  • Pour des pages dynamiques de gestion de contenu genre blog, journal ou autre (on peut même faire des boutiques avec ces deux là) : Spip (j’ai un faible), Wordpress (c’est très bien aussi), n’oublions pas Drupal
  • Pour des trucs plus commerciaux genre ERP, CRM, regardez du côté de Odoo
  • Pour le travail collaboratif, ou des classes en ligne : BigBlueButton

Choix d’une stratégie

Ça y est, vous avez une idée un peu plus claire de ce que vous allez faire sur l’Internet. Vous avez fait le tour des ressources et des contraintes et vous avez vu quoi en faire. Il s’agit maintenant de les organiser. Quel plan d’action adopter ?, S’accorde-t-il avec l’objectif ?, Est-il réaliste ?, Quel cahier des charges établir ?

Il y a trois points essentiels sur lesquels il vous faudra être exigent : le contenu ; le contenu ; le contenu. Tout le reste est secondaire et particulièrement le référencement connu aussi sous le terme de SEO.

Vos utilisateurs

Votre contenu va s’adresser à des vrais gens. Comment les imaginez-vous ? Connaissez-vous leurs attentes ? leurs préférences ? leurs habitudes ? Il s’agit avec ces questions de tenter de qualifier le futur trafic sur votre site. Cette qualification est à mettre en relation avec l’objectif de votre site et la cohérence de son contenu.

En effet, selon que vous voulez partager une passion ou transmettre une information précise sur un sujet pointu, vos lecteurs n’auront pas les mêmes attentes. Dans le premier cas, vous chercherez peut-être à fédérer une communauté alors que dans le second vous pourriez attendre un grand nombre de visiteurs uniques. Dans les deux cas, le contenu reste essentiel.

Les outils de statistiques vous permettrons de suivre l’audience de votre site. Vous pouvez jeter un oeil sur GoAccess ou sur Matomo. Il existe aussi bon nombre de solutions non libres, la plus célèbre étant sûrement Google Analytics.

L’idée à cette étape, c’est de vous mettre à la place de vos futurs utilisateurs. Vous pouvez vous inspirez de sites similaires à votre projet, manière de voir ce que vous ressentez lorsque vous êtes le lecteur. Naviguez sur ces sites avec un regard critique. Qu’est ce qu’il vous plaît ? vous repousse ? vous donne envie d’en savoir plus ? ... Ah ! votre idée sublime, que vous pensiez être le ou la seule à avoir eu, d’autres l’ont déjà réalisée. Et alors ! l’humanité s’est construite comme ça et c’est sa richesse. Chacun amenant son grain de sel et l’Inde obtient son indépendance, sans violence. Votre création sera, elle, unique.

Vous pouvez vous amuser à créer des personas [3]. Cet outil a été conceptualisé en 1999 par Alan Cooper dans son livre "The Inmates are Running the Asylum : Why High-Tech Products Drive Us Crazy". À ces personas, vous allez faire vivre des scénarios. Voilà à quoi cela peut ressembler :

Ou :
Exemple de persona - source : weloveusers

C’est vous qui voyez...

Le cahier des charges

Lorsque vous arrivez à cette étape, c’est que vous avez déjà bien avancé. Vous avez fait une grosse partie du cahier des charges. Maintenant il va falloir formaliser votre idée initiale qui est d’ailleurs devenue un projet.

Je ne vais pas traiter du cahier des charges comme un document contractuel avec un prestataire externe. D’une parce que ce n’est pas l’objet du site que d’expliquer comment avoir recours à des prestataires extérieur. Rappelez-vous, ici on parle d’autonomie, on réfléchit à comment gagner en compétence afin d’être plus libre. Et de deux, nous sommes dans la Bidouille.

Petit aparté sur la Bidouille. La Bidouille ne consiste pas à trouver une solution bancale que l’on rafistole en croisant les doigts pour que ça tienne. Non, la Bidouille, c’est un mouvement, une respiration, inspiration, expiration. Donc, on ne se croise pas les doigts ! Bien sûr toutes les solutions sont par essence bancale. Le monde est en dynamique, la réalité est mouvante. "Les experts" qui vous prétendent le contraire sont des menteurs. Alors, on respire.

Pas de formalisme particulier pour le cahier des charges. Utilisez les outils avec lesquels vous vous sentez le plus à l’aise. Papier crayon, traitement de texte, post-it, logiciel de mind mapping (Freemind par exemple) ou encore une image projetée sur l’écran noir de vos nuits blanches, utilisez ce que vous préférez.

S’il n’y a pas de formalisme, vous devez tout de même répondre à ces trois questions :

  • Comment est organisé le contenu ?
    Dessiner un organigramme est assez pratique, réfléchir à une liste thématique aussi.
    • Verticalement sous forme de rubriques - sous-rubriques,
    • Horizontalement grâce aux mots-clés,
    • Un mix des deux,
    • N’oubliez pas la page pour vous contacter.
  • De quelles fonctionnalités avez-vous besoin ?
    • Newsletter, blog, forum, boutique, marketing (cross-selling, bundle...) statistiques, gestion des droits (notamment si vous êtes plusieurs rédacteurs), agenda (partagé ou non), cloud ....
    • Allez, un peu de gymnastique mentale. Les fonctionnalités s’adressent au minimum à deux types d’utilisateurs, vos visiteurs et vos rédacteurs/administrateurs.
  • Quel design pour votre site ? Je ferai un article sur ce sujet. Cela ne concerne pas simplement votre charte graphique mais surtout ce que l’on appelle aujourd’hui l’expérience utilisateur (UX en anglais). Dites-vous bien que l’utilisateur a TOUJOURS raison !
User Interface vs User Experience - source r-stylelab
    • Pour la charte graphique, il y a des thèmes tout fait qui existent et sur lesquels vous pouvez vous appuyer comme le font la quasi totalité des agences. C’est l’esprit même du CSS (Cascading Style Sheet), WordPress appelle cette démarche la création de thèmes enfants (prinicipe de surcharge, le dernier qui parle à raison). Le css est un langage très puissant qui vous permettra, dans les moindres détails, de définir l’aspect de votre site. Il n’est pas difficile à comprendre. Par exemple : .spip_code {  color:#B3EC68;  background-color:#03425A;}, "color" définit la couleur de la police de caractère et "background-color" celle de l’arrière plan. Cela s’appliquera à tous les éléments de votre site qui appartiendront à la classe "spip_code", ce qui, en HTML, s’écrit, pour un paragraphe par exemple, <p class="spip_code"> Neque porro quisquam est qui dolorem ipsum quia dolor sit amet, consectetur, adipisci velit…</p>
    • En ce qui concerne la palette de couleur, vous pouvez aller voir du côté de paletton. Ce site a, je trouve, un superbe design. [édit du mois de novembre 2018] Je viens de recevoir un message très sympa de Jesse, éditrice à Jen reviews. Ça m’ amener à relire cet article. Je reconnais qu’en ce qui concerne les couleurs, ça peut être intéressant d’approfondir un peu. Alors, si vous êtes intéressés vous pouvez lire cet article en anglais : Color Meaning, Symbolism, And Psychology : What Do Different Colors Mean (si vous ne maîtrisez pas la langue de Shakespeare, vous pouvez installer un traducteur automatique sur votre navigateur).
    • Pour le responsive design (votre site s’adapte à l’appareil qui s’y connecte), la question ne se pose plus. Votre site DOIT être adaptatif mais rassurez-vous c’est prévu aussi bien avec Spip, WordPress, Drupal et beaucoup d’autres. La réflexion que vous pouvez avoir à ce sujet est plutôt de savoir si vous priorisez la navigation sur votre site à partir d’appareils mobiles ou d’ordinateur de bureau. La tendance du web design aujourd’hui c’est quand même "mobile first". Cette réflexion est surtout sensible quand vous êtes dans l’arrière boutique de votre site, du côté rédactionnel, le back-end comme disent les anglais
    • Alors, votre design répond aux scénarios que vous avez imaginé ? Oui... Alors foncez !!! de toute façon on apprend de ses erreurs.

Montage et planification du projet

  • Quelles sont les étapes (activités, productions attendues) ? un contenu de qualité demande du temps et de la régularité,
  • Comment les organiser : acteurs(rôle,responsabilité) ?,
  • Comment les hiérarchiser ?,
  • Quelle évaluation prévoir ?

Mise en œuvre du projet

Comment suivre le projet ?, Quels indicateurs de choisir de réussite choisir ?, Quelle régulation, quels ajustements apporter ?, Comment garantir la cohérence entre la mise en œuvre et les objectifs ?

Bilan

Comment évaluer le projet ?

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